Ndaté Yalla Mbodj, une reine sénégalaise au temps des invasions européennes

Résistance- Histoire – Représentation

J’ai reçu le livre dont je vais vous parler dans le cadre d’un service presse. Je remercie une fois de plus l’autrice et la maison d’édition pour cet envoi.

Le livre Ndaté Yalla Mbodj, une reine sénégalaise au temps des invasions européennes est un ouvrage de littérature jeunesse recommandé aux jeunes dès 11 ans. Dans ce livre historique, Sylvia Serbin met en lumière l’histoire méconnue de la reine sénégalaise Ndaté Yalla Mbodj (1810-1860), souveraine du Walo (un royaume situé au nord de l’actuel Sénégal) de 1846 à 1860. Adrien Folly-Notsron illustre habilement et met en couleur les images qui accompagnent le texte.

Le Walo, un royaume organisé et convoité

A cause de sa situation géographique stratégique (delta du fleuve Sénégal, entre le au nord du Sénégal (Afrique noire) et sud de la Mauritanie (monde arabo-berbère), le Walo était au XIXe siècle un royaume prospère très convoité par les Maures, les Toucouleurs et les Européens. En effet, il était riche d’indigo, de mil, de coton, de canne à sucre, de gomme arabique et de poisson. En outre, dans ce royaume, les femmes étaient formées pour prendre soin du royaume et le diriger politiquement et militairement. Leurs compétences ainsi que leur bravoure et leur courage étaient valorisés et reconnus par tous.

L’histoire méconnue des guerrières Walo du Sénégal

Ndaté Yalla Mbodj est la fille de Fatim Yamar Khouriaye Mbodj (mère) et d’Amar Fatim Borso (père). Cependant, elle n’est pas la première femme souveraine du Walo.

En 1816, le Brack (nom donné aux souverain(e)s dans le royaume du Walo) Kouly MBaba Diop meurt. La linguère (nom donné aux cousin(e)s, sœurs et mères des souverain(e)s dans le royaume du Walo) Fatim Yamar (mère de Ndaté Yalla Mbodj), sa cousine, lui succède. Son mari, Amar Fatim Borso (père de Ndaté Yalla Mbodj) devient le Brack du Waalo. 

En 1820, profitant d’une absence du Brack Fatim Borso, des guerriers maures attaquent le royaume à deux reprises. Fatim Yamar prend alors la tête d’une armée de femmes pour les repousser lors du premier envahissement. Malheureusement, au cours du deuxième assaut les guerrières sont vaincues. Fatim Yamar fait échapper ses filles Ndjeumbeut Mbodj et Ndaté Yalla Mbodj. Pour ne pas être capturées et faites prisonnières, Fatim Yamar et son armée de femmes posent un ultime acte de résistance en se suicidant collectivement.

En 1831, Ndjeumbeut Mbodj, la sœur aînée de Ndaté Yalla devient la souveraine du Walo. Quelques années plus tard, en 1833, la reine Ndjeumbeut Mbodj consent à faire un mariage de raison avec l’émir maure Mohamed El Habib, pour rétablir la paix dans leurs royaumes respectifs. Ce rapprochement ne plait pas à la France…

En 1846, Ndaté Yalla Mbodj succède à sa sœur. Elle va continuellement protéger les intérêts politiques et commerciaux de son royaume en défiant les Européens installés dans les comptoirs commerciaux, notamment les Français.

Malheureusement, malgré sa résistance acharnée, elle est vaincue en 1860 par l’armée dirigée par Louis Faidherbe qui réussit à annexer le royaume du Walo. Cette défaite fait de Ndaté Yalla Mbodj la dernière reine du Walo. Cette souveraine a marqué l’histoire de son peuple et celle du Sénégal. Elle est considérée comme l’une des plus grandes résistantes aux invasions européennes en Afrique.

L’importance de connaître notre histoire

Je suis heureuse d’avoir eu la possibilité de faire cette lecture qui m’a fait découvrir une histoire que je ne connaissais pas. J’ai constaté mon ignorance de l’histoire des luttes africaines durant la période coloniale. Je connais évidemment les noms des navigateurs européens qui ont débarqué tour à tour en Afrique, mais j’ignore tout des souverain(e)s et des civils qui leur ont résisté. Ce constat m’a fait réfléchir (une fois de plus) à la façon dont l’Histoire est racontée. L’Histoire des Noir(e)s en particulier. Qui raconte cette histoire ? Comment est-elle racontée ? Pourquoi faut-il la raconter ? A qui doit-elle être racontée ?

L’Histoire est importante pour chaque peuple, chaque culture et chaque ethnie car elle montre de quelle façon nous sommes ancrés dans le monde. J’entends souvent que les Africains sont issus de lignées de conteurs. Les contes africains sont beaux, parfois complexes, et souvent remplis de sagesse et de morale qui racontent des épopées qui éclairent sur les croyances et la vie des Africains avant les conquêtes européennes. J’aime revenir à ces contes car ils racontent des histoires dans lesquelles les Noirs sont persévérants, courageux, organisés, sensés, valeureux, etc. Ils sont en plus parsemés de chants populaires, de proverbes et de réflexions philosophiques. Il est donc important de les connaître et de continuer à les transmettre.

Lorsque l’on s’intéresse à l’histoire du continent africain à partir des conquêtes européennes les choses se compliquent. J’ai toujours rencontré des difficultés à trouver des témoignages, des récits ou des livres portés par des voix africaines. Je sais qu’une littérature sur le sujet existe, mais elle reste malheureusement rare et inaccessible. Par conséquent, cette histoire est apprise et transmise depuis longtemps telle que les Européens l’ont partagée, selon leurs expériences, avec leurs images et leurs mots, avec leurs émotions. Pleine de traumatismes, elle représente les Noirs comme des biens ou comme des personnes passives qui n’ont rien fait pour marquer le cours de l’Histoire.

Pourquoi ? Parce que ceux qui ont tenté, parmi les Noirs, de raconter l’histoire complète, ont été (sont) réduits au silence ou discrédités. Les programmes scolaires et les ouvrages de fiction qui traitent de ces pans de l’histoire des Noirs sont souvent écrits par des Blancs pour des Blancs. Dans ces sources, les pages consacrées aux évènements survenus durant la colonisation et l’esclavage par exemple, sont brèves et anecdotiques. Lorsqu’on en trouve, les voix et les points de vue des Noirs sont absents. L’accent est mis sur les parties d’histoires et les faits avec lesquels les Blancs sont à l’aise… Je ne les mentionne pas car nous les connaissons.

Que faire ? Prendre la parole et se réapproprier nos récits en gardant à l’esprit deux choses :

  • L’histoire des africains ne commencent pas avec les récits européens.
  • L’histoire des africains ne se limitent pas à l’esclavage et à la colonisation.
  • L’histoire de l’esclavage et de la colonisation pullulent de héros et d’héroïnes qui ont vaillamment lutté contre les oppresseurs, en Afrique et sur les terres où ont été déportés les milliers d’Africains capturés.

Il est donc urgent de nous informer sur les non-dits de ce volet de l’histoire africaine. Il faut aussi penser à cette histoire dans toute sa complexité. Une complexité que j’ai trouvée dans les pages du livre Ndaté Yalla Mbodj, une reine sénégalaise au temps des invasions européennes. Nous devons nous initier à une (re)découverte et à une compréhension de l’histoire des Noir(e)s (celle des Africains en l’occurrence) plus précise, plus complexe, plus belle et plus intéressante que celle que l’on trouve dans la littérature habituelle (occidentale et européanocentrée). Aujourd’hui, grâce au travail et à l’engagement des personnes comme Sylvia Serbin, nous découvrons ou mettons à jour un passé glorieux des Noirs : les résistances aux colons, les guerres menées contre les envahisseurs, les inventions et les contributions aux arts, à la médecine, aux sciences, à la littérature, à la technologie, etc. Il nous appartient de nous en saisir. Il nous appartient de les diffuser.

La nécessité de raconter la vraie histoire à nos enfants

Ndaté Yalla Mbodj, une reine sénégalaise au temps des invasions européennes est un livre que je vous recommande de lire avec vos enfants. En plus de vous informer, son contenu vous rendra curieux, et ce sera certainement le point de départ de recherches passionnantes sur les royaumes africains, les reines africaines (moins connues que les rois africains), les résistances africaines à la colonisation, etc.

Cet album jeunesse historique m’a plu car il est écrit sans prétention. Il nous plonge dans le quotidien macabre de nombreux africains du XIXe siècle et décrit de manière didactique une époque dont les conséquences continuent à marquer le continent africain et les diasporas africaines à travers le monde :

  • les conquêtes et les expansions commerciales européennes ;
  • les créations des comptoirs commerciaux en Afrique (celui de Saint-Louis au Sénégal, notamment) ;
  • l’institution et le développement du commerce triangulaire (aussi appelé traite atlantique ou traite occidentale), véritable traite négrière reliant l’Europe, l’Afrique et l’Amérique pour la déportation d’esclaves noirs échangés/vendus en Afrique contre du textile et des armes européens ; en Amérique contre le cacao, le sucre, le coton, le tabac et le café ;
  • l’annexion du royaume Walo par les Français, les luttes de résistance acharnées pour repousser les envahisseurs Européens, l’anéantissement de la dernière grande reine du Walo par les canons de l’armée dirigée par Faidherbe ;
  • le début de la colonisation du Sénégal et de nombreux autres pays africains.

Dans ce livre, les enfants trouveront un récit différent de celui qu’ont leur sert habituellement. En effet, l’histoire du monde et de l’Afrique (avant, pendant et après les conquêtes coloniales) racontée par de nombreux Occidentaux ne mentionne pas les modèles des personnes qui ont lutté, persévéré, résisté à l’oppression et à l’injustice. Cette omission volontaire des récits de résistance, de boycott et d’insoumission sous-entend que les Noir(e)s ont tout accepté, ne se sont pas organisés pour lutter, ne sont pas forts, n’ont pas de héros et ne peuvent donc pas se prévaloir d’une histoire forte, d’un passé glorieux et d’un avenir prometteur. Sans cette connaissance de l’histoire véritable, pour les enfants, le monde est petit et limité à ce qu’on leur enseigne. Sans la connaissance de modèles forts, courageux, créatifs et pionniers qui leur ressemblent, les enfants se construisent en faisant face à un mur d’illégitimité. Illégitimes d’oser, de rêver, de croire, de posséder, d’exister.

L’identité personnelle, peut sembler être à première vue une notion évidente et simple, mais disséquée, elle se révèle comme un phénomène complexe et multidimensionnel. Or la représentation tient une place importance dans cette complexité. Nous sommes représentés dans les récits que nous entendons, dans les livres que nous lisons, dans les films que nous regardons, dans la publicité que nous consommons, dans l’Histoire que nous apprenons. Et je crois fortement que la représentation positive sert à la construction identitaire de chaque personne (individuellement, objectivement et collectivement). D’où ma question de départ : qui dit l’Histoire ?

Le mot de la fin

Ndaté Yalla Mbodj, une reine sénégalaise au temps des invasions européennes est un livre détaillé qui se lit et se relit pour apprécier et interroger les informations et les détails exigeants, bouleversants et parfois malaisants de cette époque. Finalement, c’est un ensemble réussit qui sert de prétexte à une réflexion personnelle, familiale et sociétale sur des thèmes qui nous concernent tous : l’autre, la liberté, l’identité, l’histoire.

Les seules critiques que je pourrai adresser à ce livre sont son découpage et l’absence d’une frise chronologique historique récapitulative. J’ai beaucoup regretté le déséquilibre entre les deux temps forts de l’exposé. En effet, la première partie consacrée à l’histoire des conquêtes européennes est très dense en informations et en nombre de pages. Par conséquent, elle supplante la seconde partie au contenu ténu, pourtant dédiée à la reine Ndaté Yalla Mbodj. Comme elle donne son titre au livre, le propos dominant doit la concerner. Par ailleurs, j’ai déploré l’absence d’une frise chronologique histoire de la période racontée. Ma déception tient principalement au fait que le livre s’adresse d’abord aux jeunes. Je pense que l’insertion d’une frise chronologique récapitulative aurait été un plus. Un tel outil a l’avantage d’être un repère graphique synthétique et visuel en plus de travailler la simultanéité des évènements. Néanmoins, mes réserves n’entame pas mon appréciation du livre et mon invitation chaleureuse à vous le procurer sans attendre !

Vous pouvez acheter ce livre à la librairie Tamery :

  • à l’adresse suivante : 19 rue du Chalet, 75010, Paris
  • en appelant au numéro suivant : +33 (0) 6 10 82 29 18
  • en passant une commande sur le site internet https://tamery-sematawy.com/

Appréciation finale : ❤️❤️

 Merci de me lire !

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