Pourquoi j’ai choisi la parentalité bienveillante ?(Partie 1)

Cet article est une mise à jour. Il a été initialement publié 19 juin 2018.

J’ai longtemps regardé l’émission Baby Boom sur TF1 et cette citation attribuée à Audrey Hepburn et répétée au début de chaque épisode s’est ancrée en moi : « Le plus difficile dans la maternité, c’est cette inquiétude intérieure que l’on ne doit pas montrer. » Dès que je l’ai entendue, je l’ai aimée, retenue et soigneusement notée dans ce qui, à l’époque, me servait de « carnet de citations ». Ensuite je la répétais souvent en me demandant à quelle inquiétude Audrey Hepburn faisait référence car je n’avais pas encore d’enfant.

En 2012, j’ai vécu un moment de grâce exceptionnel : j’ai assisté à l’accouchement d’une amie ! Vivre la naissance de ma filleule A. m’a ouvert les yeux sur une partie du sens de cette citation. Quatre ans plus tard j’accouchais et un nouveau monde s’ouvrait à moi.

Dès que ma grossesse a été annoncée, puis visible, je me suis sentie observée, évaluée et même testée. Que ça parte d’une bonne ou d’une mauvaise intention, les gens que je connais ou parfois de parfaits inconnus, se sont sentis légitimes pour me donner des conseils et me faire des mises en garde. Je n’ai aucun problème avec le fait d’être conseillé. Ce qui me gêne, ce sont les conseils non sollicités, la quantité de conseils reçus et le fait que ceux qui conseillent veulent qu’on fasse comme eux. Dans ce dernier cas, il ne s’agit plus de conseils mais d’injonctions.

Quand j’ai rencontré mon fils, je savais déjà ce que je voulais comme relation avec lui et ce que je ne voulais pas. Pourtant, ma tête était encombrée par les conseils qui arrivaient comme des flèches. Pour ne pas me perdre entre ces contradictions et ce vers quoi je tendais, je devais prendre une décision. Ce n’était pas facile. Avoir un premier enfant c’est sauter dans l’inconnu et devoir répondre à des questions difficiles :

  • Qu’est-ce-que J’ai fait ?
  • Suis-je à la hauteur ?
  • C’est quoi une bonne maman ?, un bon parent ?
  • Comment vais-Je faire ?
  • Quels sont Mes choix ?
  • A quoi doit ressembler Ma maternité ?
  • Quelle est Ma conception de la parentalité ?
  • Qu’est-ce-que Je fais de tout ce qu’on me dit ?
  • Que vont penser les autres ?
  • Qu’est-ce-que Je prends et qu’est-ce-que Je laisse dans ce qu’on me dit, dans ce que je lis, dans ce que j’entends et dans ce que j’ai reçu de mes parents ?
  • Comment je dessine les contours de Ma maternité ?

C’était très difficile. Je naviguais dans un conflit de loyauté car le seul repère que j’avais était mon éducation. Je n’en voulais pas pour mon enfant malgré les valeurs et tout ce qu’il y a de positif dans ce package.

J’ai douloureusement fait le tri et j’ai choisi d’amener avec moi la politesse, l’honnêteté, le respect, le travail acharné, et la fierté culturelle entre autres. A l’inverse, j’ai décidé de déboulonner la croyance qui veut qu’un enfant bien élevé est un enfant avec lequel on est dur et très sévère, ainsi que les pratiques incontournables comme les punitions corporelles (coups, fessées, gifles), les privations (punitions disproportionnées), les humiliations (jugements, comparaisons, insultes, moqueries) réputées efficaces pour obtenir obéissance et respect.

J’ai donc fait le choix d’une parentalité bienveillante. Mais entendons-nous bien, je n’ai pas inventé cette dénomination.

La parentalité bienveillante que l’on retrouve aussi sous les dénominations parentalité/éducation positive ou respectueuse, est un modèle de parentalité qui privilégie l’écoute et le respect des besoins de l’enfant. Elle s’appuie sur l’importance de l’empathie dans la communication avec son enfant, en se basant sur les travaux de recherches en neurosciences cognitives, affectives et sociales.

Les dernières découvertes en neurosciences expliquent l’immaturité du développement du cerveau des enfants en fonction de leur âge. En effet, chez les jeunes enfants la région frontale du cerveau, qui permet de raisonner, de résoudre des problèmes et de résister aux impulsions est encore en formation, et c’est pareil pour le système limbique, qui sert à contrôler ses émotions. Des connexions restent encore à faire entre ses neurones. Cette immaturité du cerveau explique plusieurs comportements de l’enfant.

Avoir conscience de l’immaturité du cerveau de l’enfant, et plus tard, être au fait du fonctionnement du cerveau des adolescents permet de se mettre à sa place sans tout lui autoriser et sans tout justifier. Se mettre à sa place c’est le comprendre. Le comprendre c’est écouter et respecter ses besoins. L’écouter et le respecter c’est lui apprendre à avoir confiance en lui et l’amener à identifier, puis à parler de ses émotions. C’est encore lui montrer comment communiquer dans le respect, et lui apprendre à reconnaitre ce que les autres ressentent (être empathique). C’est ainsi qu’il deviendra une personne autonome, épanouie et responsable de ses actes, un adulte équilibré.

Cet énoncé et ses explications m’ont parlé. J’y ai trouvé du sens et une partie de réponses aux questions que je me posais sur la maternité, la parentalité, l’éducation et l’instruction. Quand mon fils est né j’ai repensé à l’enfant que j’étais. L’analyse de mes souvenirs heureux et douloureux m’a fait décider de l’accompagnement que je voulais pour lui. Je n’ai pas brandi une pancarte disant « j’ai choisi la parentalité bienveillante pour accompagner mon fils ». Si je partage tout ça aujourd’hui, c’est parce que je me dis que ça peut aider quelqu’un.

Et mes proches ? C’est mon rapport à mon enfant qui a attiré l’attention de mon entourage : ma façon de le regarder, de lui parler et de lui poser des limites. Les remarques, les sollicitations, les critiques et les questions ont été nombreuses. Ce que je retiens de tout ça m’effraie : il y a très peu de (futurs) parents qui s’interrogent sur leur devenir parent. La norme, c’est foncer, et faire comme on a fait pour nous, dire ce qu’on nous a dit. La norme, c’est ne pas y penser, ne pas choisir, ne pas (se) remettre en question. Faire autrement ? Quelle drôle d’idée !

Je pars donc de zéro. Je n’ai pas de modèle. Je n’ai pas d’inspiration. Je suis autodidacte. Je me pose beaucoup de questions mais je suis fortement convaincue que j’ai pris la bonne décision.

Par où commencer ? La complexité de ma démarche réside dans le fait que c’est l’enfant qui est au cœur de la parentalité bienveillante et non l’adulte. Or dans l’éducation que j’ai reçue c’est le contraire. Pour m’aider à décomplexifier tout ça et pour en apprendre plus, je me suis tournée vers les livres. Il existe heureusement une littérature scientifique et sociale qualitative et accessible sur ce sujet. Voici les autrices des premiers travaux que j’ai consultés :

  • Isabelle Filiozat, qui s’attarde sur la gestion des manifestations émotionnelles des enfants qu’elle relie à l’immaturité de leur cerveaux. Elle milite pour un traitement indulgent de ces émotions par les adultes.
  • Catherine Gueguen, médecin pédiatre engagée dans la lutte contre les violences éducatives ordinaires. Elle s’appiue sur les découvertes en neurosciences.
  • Maria Montessori, docteure en médecine, psychiatre et anthropologue, précurseur dans l’observation et la compréhension de l’enfant.
  • Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste qui s’est intéressée à la psychanalyse de l’enfance et au rôle de l’affect comme support de l’intelligence et porteur de l’expression des troubles.
  • Alice Miller, psychanaliste et docteure en philosophie connue pour ses recherches et ses travaux sur l’enfance. Pour elle, les maltraitances faites aux enfants sont la principale cause de la violence ultérieure exprimée contre soi-même, contre autrui ou contre la société. Mais il ne s’agit pas seulement de la violence visible. Il y a également la violence invisible ou non reconnue qu’on exerce prétendument « pour le bien » de l’enfant.

Grâce aux travaux de ces femmes, j’ai découvert deux choses extrêmement importantes :

  • Le fait de nommer ce choix éducatif parentalité bienveillante ne signifie pas que faire autrement c’est opter pour une parentalité malveillante. Aucun parent n’est volontairement malvaillant. Chaque parent fait avec ce qu’il a et ce qu’il connait. Chaque parent va vers ce qui lui convient. Seule une réflexion sincère et désintéressée sur son héritage éducatif permet de déconstruire tout ou partie dudit héritage. Il faut donc comprendre la bienveillance dont il est question comme la disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui. C’est d’ailleurs la définition qu’en donne le dictionnaire Larousse. Ainsi, pour moi, la parentalité bienveillante est une forme d’éducation qui recherche des pratiques d’éducation qui banissent les coups, les fessées, les claques, les humiliations, les cris, les punitions disproportionnées et les insultes, mais qui privilégie l’écoute, les discussions et le respect de l’enfant. La bienveillance est dans l’attitude du parent vis-à-vis de l’enfant.
  • Il existe une discipline bienveillante. La parentalité bienveillante ne crée ni des enfants-rois, ni des familles anarchiques. On confond malheureusement le laisser-aller et la bienveillance. Comme le modèle éducatif que l’on connait est celui qui repose sur les punitions corporelles et les privations, on a du mal à imaginer et à croire en un modèle alternatif dans lequel ces pratiques n’ont pas leur place.

Voici présenté en quelques mots mon projet parental et familial. Je suis consciente que le choix que j’ai fait va me challenger. Je sais également que je serai toujours en train d’apprendre à être la mère que je veux être. Je sais aussi que les choses se mettront en place petit à petit et que je ferai des adaptations.

Encore plus important, rien n’est entièrement noir ou blanc. Dans la littérature que je consulte sur le sujet, et parmi les témoignages que j’écoute, je prendrai ce qui me semble bon et je laisserai ce qu’il y a à laisser. Enfin, j’ai compris que la parentalité bienveillante, ma parentalité bienveillante n’évitera pas les conflits entre nous les parents, ni même entre parents et enfant(s). Elle nous permettra de trouver des solutions respectueuses de chacun, et de créer chez nous l’ambiance que nous voulons pour que chacun soit satisfait, épanoui, équilibré et heureux.

Ma parentalité bienveillante se construit en fonction de mon/mes enfant(s). Ce qui fonctionne aujourd’hui ne marchera peut-être pas demain. De même, si un jour j’ai un autre enfant, ce qui correspond à l’un ne sera peut-être pas adapté à l’autre. Toujours en pleine conscience, avec bienveillance, respect et empathie.

J’espère que vous avez passé un bon moment en ma compagnie durant la lecture de cet article. N’hésitez pas à poursuivre cette conversation en m’écrivant quelque chose dans la zone des commentaires. Je vous lirai avec grand intérêt et vous répondrai dès que possible 🙂

Merci de me lire ❤

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