[Focus] Africville, Aline et les hommes de guerre & Un monstre est là derrière la porte

Je reviens avec un article consacré aux livres pour vous parler d’Africville, Aline et les hommes de guerre, Un monstre est là derrière la porte. Ces trois livres étaient en lice pour le Prix Les Afriques 2021. Sans plus attendre, voici ce que j’ai tiré de mes lectures attentives.

AFRICVILLE, de Jeffrey COLVIN, aux éditions Harper Collins

Le sujet :

Dans ce roman dense, c’est la question identitaire (origine, construction, acceptation et transmission) qui est traitée. Le roman se situe entre 1918 et 1992 et raconte, à travers les destins des membres de trois générations d’une famille africaine-canadienne, l’histoire d’Africville, une location canadienne fondée par des esclaves rebelles, affranchis ou fugitifs venant du Sud des Etats-Unis ou des Caraïbes. 

Ma critique :

Dans sa description et son ambition, Africville m’a immédiatement emballée. En effet, j’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir un pan de l’histoire des Noir(es) au Canada, car je trouve qu’elle est moins traitée (abordée, médiatisée) que celle des Noir(es) aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne par exemple.   

Malheureusement, je n’ai pas été séduite par ce roman qui avait tout pour être une incroyable fresque familiale. Je suis restée sur ma faim. J’ai essayé de comprendre et de relier entre eux, un nombre incalculable d’anecdotes et de retours en arrière qui se transforment en un labyrinthe.

Le style de Jeffrey Colvin ne sert pas non plus le roman et la construction de l’œuvre. J’ai passé mon temps à essayer de faire des liens entre les personnages, les époques, les anecdotes et les allusions au passé. Par conséquent, je me suis noyée dans les pages et j’ai perdu tout intérêt pour le récit. C’est une écriture trop laborieuse.

ALINE ET LES HOMMES DE GUERRE, de Karine Silla, aux Editions de l’Observatoire

Le sujet :

C’est une hagiographie d’Aline Sitoé Diatta, icône non-violente de la résistance à la colonisation au Sénégal. 

Ma critique :

C’est un roman qui veut rendre hommage à la lutte des femmes et aux prix payés par les peuples pour leurs libérations. 

J’ai beaucoup aimé l’élan de l’autrice qui à travers cette fiction inspirée de faits historiques, tente de corriger l’erreur monumentale de la méconnaissance de l’histoire de cette résistante Sénégalaise. Seulement voilà : l’autrice passe à côté de son intention de départ. Au lieu d’en savoir plus sur le parcours et la personnalité d’Aline, c’est plus un hommage indigeste aux “hommes de guerre” que l’autrice nous sert. Je m’enthousiasmais de découvrir une nouvelle héroïne ; de surcroit, une femme noire. Qui était cette femme, injustement oubliée par l’histoire (comme d’autres femmes), qui a entraîné son peuple dans un mouvement de désobéissance civile pour qu’il s’affranchisse des lois imposées par les colons ? Pourquoi n’est-elle pas présente dans les manuels d’histoire, les récits populaires et les épopées africaines, y compris au Sénégal ? Que peut-on apprendre de tout ça ? Je voulais que ce roman réponde à ces questions. Je m’attendais à ce qu’il ouvre un chemin. Il y avait un sujet, il y avait matière à faire quelque chose. Je ne sais pas quelle émotion m’a le plus empli entre la colère et la tristesse en refermant ce livre.

L’écriture de Karine Silla est accessible et fluide, mais à cause du hors-piste dont je parle, ma déception est grande.

UN MONSTRE EST LÀ DERRIÈRE LA PORTE, de Gaëlle Bellem, publié chez Gallimard

Le sujet :

« Un monstre est là, derrière la porte » raconte l’histoire d’une famille réunionnaise très pauvre dans les années 80. C’est un récit funeste sur le poids de l’héritage familial, les impacts de la mémoire traumatique, les racines, l’esclavage, les rumeurs, la pauvreté et les choix éducatifs. L’auteure essaie de montrer à quel point ces différents éléments créent une misère à la fois économique, intellectuelle et affective qui à son tour n’engendre que des monstres.

Ma critique :

Pour développer son thème, l’autrice a choisi de détailler le quotidien d’une famille, et plus précisément, les tribulations d’une enfant maltraitée et terrorisée par ses parents, aveugles de leur souffrance et de leur décadence. Le monstre annoncé dans le titre est très présent dans le livre et renvoie à différentes choses ou personnes. 

Ce livre est dérangeant. L’écriture oscille entre un ton sarcastique et pathétique. Les descriptions et les faits sont sombres et durs, à la limite du sordide et du soutenable. 

L’intention de l’autrice est de mettre en lumière le quotidien des pauvres et des oubliés de l’île de La Réunion. Ceux qui n’apparaissent pas sur les décors de cartes postales et ne font pas partie des préoccupations de la Métropole dont dépend l’Ile pour survivre. Je m’attendais donc à lire un texte engagé. Cependant, j’ai ressenti un gros malaise tout au long de cette lecture. Il a sans doute été causé par une accumulation de faits et d’anecdotes lourds, négatifs et stéréotypés sur l’Ile et ses habitants. Très souvent, j’ai eu l’impression que l’autrice se forçait à tapisser son écriture d’humour. Pour quelle raison ? Pour faire passer quel message ? Pour détourner l’attention sur ce qui ne va pas dans ce roman ? Bref ! Je n’ai vraiment pas apprécié cette lecture alors qu’elle aurait pu m’apprendre beaucoup de choses sur La Réunion des années 80.

Nonobstant ces regrets, je souligne quand même qu’il y a de la matière pour mener une discussion sur les choix éducatifs et la construction de la parentalité.

C’est sur ces mots que je clos ce retour de lecture. Je vous dis à bientôt et vous souhaite de belles lectures !

Merci de me lire ❤

2 commentaires sur “[Focus] Africville, Aline et les hommes de guerre & Un monstre est là derrière la porte

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