Le jour où j’ai compris ce qui se joue entre les écrans, mon fils et moi

“Aujourd’hui nous disposons d’anesthésiques qui nous permettent d’accomplir les uns sur les autres les plus effrayantes interventions chirurgicales : les nouveaux médias et les nouvelles technologies” 

Mc Luhan.

La toute première fois que nous avons montré au P’tit Cœur un dessin animé il avait presque 12 mois. Nous avons choisi de lui montrer un dessin animé en anglais car nous voulions l’immerger dans cette langue, indispensable pour étudier, s’informer, et travailler partout dans le monde.

Laugh and Learn est le premier dessin animé que nous lui avons montré. Il a tout de suite apprécié ce dessin animé coloré dans lequel les personnages ont un accent sooo british, apprennent aux enfants à dire leurs premiers mots en anglais : mots de politesse, fruits, légumes, jouets, météo, couleurs, etc. Le format est adapté aux tout-petits : 3 minutes par épisode, des couleurs vives, de la musique et une qualité sonore impeccable !

Au début,  il regardait Laugh and Learn de façon exceptionnelle (un ou deux épisodes maximum le week-end), puis sans nous en rendre compte, nous avons commencé à lui en présenter un ou deux par jour. C’était drôle de le voir imiter les gestes de Puppy (le héros), mimer les comptines et prononcer ses premiers mots en anglais. Nous étions contents de constater “ses progrès”, et on a continué, jusqu’au jour où j’ai été alertée par son changement de comportement.

Regarder des dessins animés n’est pas si anodin

Eté 2017 : Le P’tit Cœur est gardé par une assistante maternelle, qui assure aussi la garde de deux autres enfants de 4 ans et 7 ans. Il est le plus jeune. Je remarque que la télé est souvent allumée quand je vais le chercher le soir. Je lui fais la remarque… A chaque fois elle me dit qu’elle vient de l’allumer. Ne pouvant pas le vérifier, je lui accorde le bénéfice du doute. Pourtant, très vite, le P’tit Cœur commence à réclamer systématiquement la télé une fois à la maison. Il essaie même de l’allumer… Quand on l’allume pour lui montrer un ou deux épisodes de Puppy, ou pour regarder les infos, il ne veut plus rien faire si ce n’est rester devant elle, scotcher, voir hypnotiser. Nous nous disons que ce n’est pas normal.

Je commence à réfléchir sérieusement à l’usage des écrans dans les familles. Je cherche des témoignages de parents et de médecins. Je recherche aussi des livres qui abordent ce sujet. En parallèle, même si nous continuons à lui montrer le dessin animé Puppy, nous n’enchaînons pas les épisodes et l’occupons principalement en jouant avec lui, en faisant des promenades dans les parcs et en jouant dans les nombreuses aires de jeux de notre ville. Mais lorsqu’il regarde Puppy, il en redemande. Dès qu’on arrête la télé, il pleure et n’est pas content. Si au début nous n’y accordons pas d’importance, très vite, nous nous interrogeons. Pourquoi il fait ça ?

Automne 2017 : Le P’tit Cœur rentre en crèche. Les journées sont  bien remplies, et le soir ne nous laisse que le temps nécessaire à la routine du coucher : jeu calme, histoire du soir, câlins et dodo. Le week-end par contre, on le laisse regarder un ou deux épisodes de Puppy sur la tablette. C’est le seul moment de la semaine où il regarde directement un écran, depuis qu’il ne va plus chez la nounou. Par contre, la télévision est souvent allumée, qu’on la regarde ou pas. Pour nous, il n’y a pas de problèmes puisqu’il n’est pas assis pour la regarder. On joue avec lui, mais les images et les sons défilent jusqu’à ce qu’il fasse sa sieste, ou jusqu’au moment où on quitte la maison pour aller faire une activité extérieure en famille. C’est plus tard que j’ai compris qu’en fait, il était indirectement exposé à cette télévision.

Printemps 2018 : Le P’tit Cœur insiste pour regarder plus de deux épisodes de Puppy. Il a 2 ans. Depuis la première fois où nous lui avons montré ce dessin animé, notre rapport aux écrans a considérablement évolué. Nous avons entendu parler des dangers des écrans chez les enfants. Nous avons compris pourquoi c’était une erreur de lui montré ce dessin animé à tout juste 1 an. Nous avons décidé de mieux encadrer tout ça. Nous supprimons la tablette des supports sur lesquels il regarde les dessins animés. En effet, la facilité avec laquelle il l’a prise en mains nous a affolés. Ensemble, nous décidons qu’il ne regardera ces épisodes qu’à la télévision qu’il ne contrôle pas. Nous ne lui montrons pas de dessins animés en semaine, mais uniquement le week-end. Il a le droit de regarder un ou deux épisodes de Puppy, mais, deux autres dessins animés se sont ajoutés à sa liste :

– Raaraa The Noisy Lion, un autre dessin animé britannique a rejoint Puppy (vous vous rappelez de l’importance que nous accordons à l’anglais ?).

– Paw Patrol (en français, La Pat’Patrouille), est aussi dans la place.

Le P’tit Cœur aime ça : il chante, mime, parle et en redemande… Sauf qu’il ne s’agit plus de simples demandes. Les réclamations sont plus fréquentes, plus intenses et plus conflictuelles parce que nous tenons à ce qu’il ne regarde les dessins animés et/ou les comptines que le week-end. Pourtant, après la crèche, en magasin, en voiture ou au restaurant, il veut “regarder”… Comme beaucoup de parents, nous l’autorisons à regarder quelques épisodes en plus pour ne pas être trop durs et, soyons honnêtes, pour souffler un peu. Mais jamais plus de 15 minutes. Quand on exagère (selon nous), on va jusqu’à 30 minutes. Sauf que… Certains week-end, on s’apercevait que la demi-heure se transformait en heure… Et là, impossible de lui faire lever la tête : cris, pleurs, cris, pleurs, cris, pleurs, etc. Nous nous en voulons de le voir réagir ainsi et essayons, avec ce que nous savons et ce que nous croyons juste, de trouver un équilibre. Nous en discutons aussi parce qu’il faut trouver une solution à ce problème. Je me rappelle avoir dit à l’Amoureux « il se comporte comme un drogué, on dirait qu’il est en état de manque ». L’Amoureux a trouvé que j’allais trop loin et que cette comparaison était maladroite, car le P’tit Cœur acceptait de faire autre chose (jouer avec ses jouets, sortir, s’éclater sur les parcours de motricité, chanter, colorier, regarder un livre, etc.), à la différence des enfants de son âge qui refusent catégoriquement de se détourner des écrans. C’était très difficile et culpabilisant car pour moi, l’évidence était là : notre fils adorait la télé et si ça ne tenait qu’à lui, il la regarderait toute la journée !

Eté 2018 : Nous partons en vacances au Gabon et glissons la tablette dans nos valises pour nous occuper (l’Amoureux et moi) pendant les vols. Tout se passe bien à notre arrivée : nous sommes heureux de revoir la famille et les ami.es. Le P’tit Cœur s’éclate dans le grand jardin et réclame moins ses dessins animés. Cependant, il doit subir une opération et sa convalescence dure environ 10 jours. Comme les mauvaises habitudes ont la dent dure, nous avons la fausse bonne idée de lui montrer quelques épisodes de Raa Raa, Puppy et Pat Patrouille pour lui faire plaisir. Et là, les « encore », la frustration et les pleurs ont recommencé. Nouvelles discussions avec l’Amoureux et la prise de conscience qu’on allait dans le mur si les choses continuent comme ça. Nous rangeons la tablette dans une valise, expliquons au P’tit Cœur pourquoi il ne peut plus regarder les épisodes et réfléchissons à une stratégie de sevrage qui commencera à notre retour de vacances. J’ai aussi profité de la fin des vacances pour m’informer davantage sur les effets des écrans sur les jeunes enfants et ce que j’ai lu m’a glacé le dos.

A notre retour en France, c’était la tolérance zéro, bien décidés à lui faire oublier les écrans. Les deux premières semaines étaient difficiles pour tous les trois. Mais grâce à notre persévérance et notre implication, les choses sont rentrées dans l’ordre. Nous avons débranché la télé et rangé la tablette. Nous avons multiplié les jeux et les sorties en famille, les activités manuelles et les partages autour des livres. Nous avons aussi écouté de la musique et nous nous sommes mis à danser et à chanter ensemble. Les résultats étaient là. Nous avons retrouvé un enfant curieux et calme qui n’essayait plus d’allumer la télé. Le bonheur et le soulagement qu’on a éprouvés nous ont poussé à continuer dans cette lancée. Nous avons aussi continué à nous informer sur les dangers des écrans pour décider ensemble quels usages nous allions en faire en famille. En effet, traumatisée par l’année qui venait de s’écouler (12 mois – 24 mois d’âge du P’tit Cœur) j’étais partisane du « plus d’écrans avant son sixième anniversaire », l’Amoureux m’a rappelé la réalité du monde dans lequel nous vivons. Nous avons donc défini les règles d’utilisation des écrans pour notre famille.

Concrètement, nous avons décidé du moment où le P’tit Cœur aurait à nouveau le droit de regarder un dessin animé, le type de dessin animé, la fréquence, et le temps. Nous avons aussi décidé qu’il n’en regarderai qu’en notre présence. Nous avons enfin travaillé sur notre culpabilité de l’y avoir exposé ors qu’il ne nous avait rien demandé. Nous nous sommes pardonnés cette erreur et avons décidé de faire mieux. Nous avons construit un discours parental autour de l’utilisation des écrans pour que le P’tit Cœur voit et intègre que nous sommes sur la même voie (il n’obtiendra pas un oui de l’un quand l’autre lui dit non). En choisissant des mots adaptés à son âge, nous lui avons expliqué les dangers qui nous guettent si les nouvelles règles ne sont pas respectées par tous les trois.

Je vous raconte tout ça pour que vous compreniez les dangers liés aux écrans chez les enfants. Le comportement de notre fils nous a mis la puce à l’oreille. En effet, ce n’est pas normal qu’un enfant accepte qu’on lui retire un ballon, une voiture, un livre ou un doudou, mais devient hystérique lorsqu’on lui retire un écran. Pourquoi, pour les parents, c’est si difficile de lui dire “tu as suffisamment regardé ?” Pourquoi en outre, les adultes pensent automatiquement que regarder un dessin animé ou une comptine vidéo est sans danger et forcément bénéfique pour les enfants ? Si chez nous tout a commencé quand le P’tit Cœur avait 1 an, dans beaucoup de familles, les bébés de moins de 6 mois regardent dessins animés et comptines régulièrement parce que les parents pensent que c’est une bonne chose.

Sommes-nous de mauvais parents ?

J’ai traversé une période très difficile durant laquelle j’ai culpabilisé et me suis sentie mauvaise mère à cause des effets des écrans sur mon fils. Heureusement que j’ai compris que je n’avais pas les bonnes informations sur ce sujet. Je pensais qu’un épisode de 3 min une ou deux fois par semaine était sans conséquence chez un enfant de 2 ans. Je n’imaginais pas que le fait de laisser allumer la télé avait un impact sur sa concentration (il en commence indirectement, comme nous fumons indirectement si un fumeur fume sa cigarette à côté de nous). J’ai très vite été dépassée par tout ça. Nous avons failli perdre le contrôle, et croyez-moi, ça arrive plus vite qu’on ne le pense.

Nous sommes tous animés d’une bonne volonté et la nôtre était notre souhait d’habituer notre fils à entendre l’anglais. Avec du recul, c’est effrayant de voir que nous avons confié cette tâche à un dessin animé alors que son père est parfaitement bilingue. Il aurait pu être celui qui lui apprend des mots en anglais. Pourtant nous avons pensé à un dessin animé en anglais. Vous voyez où je veux en venir ? Nous sommes conditionnés ! Les fabricants de jouets électroniques, les grandes chaînes de télévision et les acteurs du numérique nous ont convaincus que seuls les écrans peuvent jouer efficacement et rapidement ce rôle éducatif. Pour apprendre aux enfants les couleurs, les quantités, la politesse, la lecture on pense aux applications à installer sur les smartphones, les tablettes, les ordinateurs et les programmes tv dédiés. Ça manque de bon sens.

C’est encore plus troublant pour nous qui avons d’abord mis des livres entre les mains de notre enfant. Nous n’avons jamais songé à lui offrir une tablette, et d’ailleurs nous n’avons jamais compris l’intérêt qu’il y a à offrir à de tous petits enfants des tablettes (Android ou “éducatives”), des smartphones, des télévisions à mettre dans leurs chambres, des jeux vidéos, etc.

Nous avons offert à notre fils des hochets, des balles de pression, des jouets de toutes sortes et nous avons joué avec lui dès sa naissance. Nous l’avons toujours occupé. Nous nous sommes rendus disponible pour qu’il s’éveille. Nous ne lui avons jamais donné un téléphone portable pour qu’il joue avec ! Pourtant, à la veille de son premier anniversaire, portés par je ne sais quel conditionnement, nous lui avons fait regardé un dessin animé de 3 min. Seulement 3 minutes, mais ces 3 petites minutes ont failli tout faire basculer. On nous vante tellement les mérites du numérique pour l’éveil et les apprentissages des enfants, que nous n’en soupçonnons même pas les effets délétères pour la croissance et l’épanouissement.

Par exemple, quand ils sont colériques, grincheux et accrochés à ces supports, on en rigole, on leur donne des surnoms comme “bébé Android, bébé 3.0, génération connectée”, ou pire, on les gronde, les punit et on leur colle des étiquettes pour les traiter d’enfants « têtus, sauvages, terribles, bêtes… » En réalité, c’est nous qui les rendons ainsi en leur mettant toutes ces choses entre les mains. Ensuite, on se dédouane, on les tient responsables de toutes ces conséquences, et on ne fait pas même pas le lien entre leur exposition aux écrans et l’addiction qu’ils développent.

C’est aux parents de prendre leurs responsabilités

Il ne s’agit de culpabiliser, ni de se rejeter la faute l’un et l’autre (papa et maman). Il s’agit d’être honnête avec soi-même, et de comprendre qu’un smartphone n’est pas un jouet à mettre entre les mains d’un bébé ou d’un enfant de moins de 10 ans ! Il s’agit de prendre conscience que You Tube n’est pas le seul moyen de divertir les enfants. Il s’agit de réaliser que laisser son enfant regarder des dessins animés dès le réveil (jusqu’au moment d’aller à l’école), puis le soir en rentrant de l’école pendant 1h, 2h ou plus, y compris le week-end et le mercredi après-midi, ne contribuera pas à tromper son ennui, ni à le divertir. Il en est de même pour les jeux vidéos.

J’ai vu les méfaits d’une exposition précoce de mon fils et heureusement pour nous ce n’est plus qu’un mauvais souvenir. Qu’en est-il (qu’en sera-t-il) des enfants exposés dès la naissance ? Je suis triste pour tous les parents qui n’ont pas conscience de ces dangers.

J’espère que ce partage informera le maximum de parents de l’urgence qu’il y a à réguler l’usage que nos enfants font des écrans. N’hésitez donc pas à partager autour de vous (mails, réseaux sociaux, bouche à oreille) ce billet et les suivants. A ce propos, dans le prochain billet, je vous parlerai d’un livre que j’ai lu et à cause duquel je ne peux pas me taire : Quand les écrans deviennent neurotoxiques, protégeons le cerveau de nos enfants !

PS : Cet article a d’abord été publié sur http://www.lesbilletsdesika.com (mon premier blog).

Merci de me lire ❤

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