[Focus] C’est pour ton bien, Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant. Alice Miller

Lorsque je bloguais sur Les Billets de Sika, j’avais remarqué qu’à chaque publication dans la rubrique Parentalité, beaucoup de lecteurs et de lectrices me disaient leur envie d’avoir « une autre relation avec leur(s) enfant(s) ». Cette phrase revenait lorsque je publiais un article dans lequel je parlais de mes choix d’éducation, de maternité et de parentalité.

Dans l’article que je partage avec vous aujourd’hui, je vous parle d’un livre salvateur. Quand j’ai acheté ce livre je savais déjà sur quel chemin de parentalité je voulais marcher. En le lisant j’ai renforcé les fondations de cette maternité que je construisais. Que devais-je transmettre ou ne pas transmettre à mon enfant, et surtout, pourquoi ? Le sujet de ce livre c’est l’analyse des modes d’éducation. Comment et pourquoi des générations de parents transmettent, au nom de l’éducation, de génération en génération, des mauvais traitements (physiques et psychiques) à leurs enfants, en martelant « c’est pour ton bien », alors qu’ils font exactement l’inverse ? Que révèlent les punitions corporelles et non corporelles dans l’éducation qu’on donne à son enfant ? Pourquoi la majorité des parents n’interroge pas cette habitude ? Pourquoi enfin beaucoup de parents ne trouvent rien à dire aux coups et aux mauvais traitements (physiques et psychiques) qu’ils ont reçu quand ils étaient enfants ? Pourquoi en vantent-ils au contraire les « mérites » ?

Frapper un enfant (lui donner une gifle, une fessée, une taloche, ou des coups avec une ceinture, un bâton ou un tuyau) n’a rien d’anodin. De même, l’insulter, l’humilier ou lui faire du chantage affectif n’est pas sans conséquence dans sa façon de se construire. J’ai publié ce billet le 3 avril 2019 sur mon premier blog Les Billets de Sika. Il y avait suscité de nombreuses réactions et remises en question. J’ai décidé de le publier à nouveau ici pour qu’il reste accessible au plus grand nombre. J’espère que la (re)lecture de ce billet vous mettra sur la voie de nouvelles possibilités. Prenez soin de vous et de vos enfants.

Capture d’écran tirée de la vidéo La Gifle disponible sur You Tube

« Pourquoi appelle-t-on agression le fait de frapper un adulte, cruauté le fait de frapper un animal, mais éducation le fait de frapper un enfant ? »

Enceinte je me suis questionnée sur ma future maternité et l’éducation à donner à cet enfant qui arrivait. J’y ai beaucoup réfléchi (c’est toujours le cas). J’ai fait des recherches sur l’enfant et l’éducation, et surtout, je lis beaucoup d’ouvrages sur la relation parent-enfant. Je voulais donner du sens à ma maternité et à ma parentalité. Je voulais en dessiner les contours. Cette démarche a été pour moi, l’occasion de me replonger 27 ans en arrière : ma naissance et mon enfance. Cet exercice n’a pas été facile. J’ai vu ce dont j’ai bénéficié et j’ai mesuré ce dont j’ai manqué. Ce dont j’ai cruellement manqué… J’ai eu besoin de réparer. J’ai eu besoin de me réparer.

Pourquoi ? Parce que dans ma tête ces mots résonnaient “on ne peut donner que ce que l’on a”. Qu’est-ce-que j’avais ? Qu’allais-je donner à cet enfant qui serait bientôt là ? Je me suis plongée dans mes souvenirs, donc dans mon passé, pour faire l’inventaire de ce que j’avais. Ce que j’avais comme cadre de référence en parentalité ne m’a ni plu, ni rassuré. J’attendais mon premier enfant et ce que je connaissais sur comment éduquer un enfant était composé de : le laisser pleurer pour qu’il ne soit pas capricieux, le frapper pour qu’il se calme et ne recommence pas, le menacer pour qu’il ait peur, craigne et respecte ses parents, l’insulter quand c’est nécessaire, lui faire du chantage pour obtenir de lui ce que l’on veut, le baptiser de noms douteux, le gronder, le comparer aux autres… J’exagère à peine ! Il y a eu des moments heureux, mais je ne me rappelle pas les « je t’aime », les compliments et les encouragements. Par contre, je me revois en pleurs, en fuite ou complètement tétanisée par la peur après avoir une bêtise, parce que je me demandais à « quelle sauce je serais mangée ». Vous savez de quel côté penche la balance.

Cette introspection m’a montré que de mon enfance je trainais trop de choses douloureuses, trop de non dits, trop de sous-entendu, trop d’incompréhension et trop de choses avec lesquelles je ne m’aligne pas. C’est de là qu’est née ma volonté de me réparer. Heureusement que la réparation est toujours possible ! Dans la maxime “on ne peut donner que ce que l’on a”, j’ai décidé que ce que j’ai c’est ce que je sais. Que sais-je ? Qu’ai-je appris de tout ça ? Qu’ai-je appris de mes lectures sur le sujet ? Qu’ai-je retenu des paroles de ceux qui témoignent ? On (ne) peut donner (que) ce que l’on sait. Que sais-je que mes parents ne savaient pas ? Qu’ai-je appris du développement de l’enfant ? Qu’ai-je appris sur la transmission générationnelle et la répétition non questionnée des modèles éducatifs ? Que sais-je de l’impact des punitions corporelles, verbales et non verbales sur la construction de l’enfant ? Ce que je sais m’aide à construire les contours de ma maternité. En vérité, j’ai déconstruit beaucoup de choses.

En matière d’éducation donnée aux enfant il y a trois écoles :

  • Celle de ceux qui aimeraient faire autrement mais n’y arrivent pas. Ils ont conscience des limites du modèle éducatif qu’ils ont reçu et ne souhaitent pas le reproduire. Mais leur volonté ne suffit et malgré eux, ils reproduisent ce qu’ils reprochent à leurs parents. Désemparés, ils cherchent du soutien dans des groupes dédiés à la parentalité, auprès des professionnels de l’enfance, auprès des médecins, sur internet, dans l’entourage amical et familial, etc. Ils sont sur la bonne voie. Leur attitude montrent qu’ils sont prêts à envisager un changement. Mais ils sont pris dans un entre-deux.
  • Celle de ceux qui ne se sont jamais posés de questions. Ils font ce qu’ils font parce que c’est comme ça qu’on a toujours fait. Ce sont les plus nombreux. Ils me rient au nez quand au détour d’une conversation je leur dis qu’on peut faire autrement. Ils vantent les mérites du modèle éducatif qu’ils ont reçu, en banalisant toutes les formes de violences physiques et psychiques qui y sont attachées. Ils disent “heureusement qu’on m’a frappé ! ça m’a sauvé ! c’est pour mon bien qu’ils l’ont fait ! je leur dis merci ! ça ne m’a pas tué…”
  • Celle de ceux qui ont déconstruit et dessinent les contours de leur parentalité. Ceux-là suscitent beaucoup d’émois. Quand ils ont de la chance on se moque d’eux et on les traite d’utopistes et de rêveurs qui créent des enfants rois. Au pire, on les critique et on leur reproche de vouloir tout changer en brandissant des théories qui sortent de nulle part.

J’ai été frappée quand j’étais enfant. Au Gabon, mon cas n’est pas exceptionnel. On m’a frappée avec des ceintures, des bâtons, des tuyaux, et avec les mains. J’ai donc reçu des gifles, des taloches, des fessées. A ces châtiments physiques s’ajoutent des humiliations, des punitions, et d’autres blessures non verbales. Pourtant, me direz-vous, je suis normale aujourd’hui.  Pourquoi je dénonce et Comme ces traitements ne nous ont pas empêchés (la plupart d’entre nous) d’avoir nos diplômes, trouver un travail, fonder une famille ou être socialement équilibrés, nous chantons partout que c’était dans notre intérêt d’être ainsi éduqués. Pourtant, nous cachons tout.te.s des maux qui ne se mesurent pas au fait d’être diplômé, en couple ou parfaitement sensé. Quant à ceux d’entre nous qui ont mal tourné (délinquants, voleurs, violeurs, dépressifs, etc.) alors qu’ils ont subi les mêmes traitements que nous, on les tient responsables de leurs malheurs… On ne cherche pas plus loin.

On a beau se faire assister, accompagner par des tiers dont c’est le métier, on se rend compte que face aux comportements de nos enfants, on réagit avec la même intensité, la même violence et les mêmes actes que nos parents avaient avec nous. Malgré le soutien associatif, amical, sociétal ou familial, beaucoup de personnes disent ne pas y arriver, et de ce fait, justifient le recours à la violence physique et psychique pour se faire obéir. Pourtant, on peut éviter d’en arriver là. Comment ? En découvrant, en apprenant et comprenant comment fonctionne un enfant. On croit savoir comment fonctionne et se développe un enfant. Pourtant, très peu de parents s’informent sur le développement du cerveau des enfants. Très peu de parents s’informent sur les émotions des enfants. Le simple fait d’être au fait des mécanismes (et leurs conséquences) qui entrent en jeu durant les premières années de vie de l’enfant permet d’avoir un regard différent sur le comportement de l’enfant, et dans le même temps, cela permet d’avoir la posture la plus adaptée face à ce comportement. C’est en cela qu’une autre façon de faire est possible. Quand l’adulte sait ce qui se passe chez l’enfant, cette connaissance est le premier pas qui l’amène à envisager autre dimension dans la relation parent-enfant.

« Car à l’origine de la pire violence, celle que l’on s’inflige à soi-même ou celle que l’on fait subir à autrui, on trouve presque toujours le meurtre de l’âme enfantine ».

Frapper un enfant, l’humilier, l’insulter, le menacer est ce qu’il y a de plus normal parce que c’est autorisé dans les familles, et c’est la norme en société. Vu que beaucoup d’adultes louent les bénéfices de cette éducation qu’ils ont eux-mêmes reçus (“heureusement que mes parents m’ont frappé, ça m’a aidé, aujourd’hui je suis quelqu’un de bien grâce à ça, etc.), personne ne trouve ces traitements anormaux. La société et la famille le permettent après tout : “tant que ça ne tue pas et tant qu’on ne dépasse pas les bornes, tant que c’est fait avec amour, on le fait” ; “si c’était si mauvais que ça, nous adultes, ne serions pas les bonnes personnes que nous sommes devenus” ; “c’est normal de le faire, il y a des enfants qui ne comprennent que de cette façon” ; “ça n’a jamais fait de mal à personne”, ; “on doit le faire” 

Hélas, les humiliations, les menaces, et les punitions corporelles blessent les enfants au plus profond d’eux-mêmes. Ces privations et ces blessures visibles et invisibles empêchent les enfants de se développer comme ils devraient. Leurs conséquences peuvent apparaître seulement à l’âge adulte dans des réactions, des choix, des pensées, des maladies, et des attitudes insensées et parfois inhumaines.

C’est ce que démontre Alice Miller dans son excellent livre C’est Pour Ton Bien : Racines de la violence dans l’éducation des enfants. Alice Miller (1923-2010) est une psychanalyste polonaise qui a exercé la psychanalyse pendant 20 ans. Elle s’est ensuite entièrement consacrée à comprendre comment évoluent les enfants maltraités.

Sorti en Allemagne en 1980, publié en français en 1983 pour la première fois et réédité depuis, le livre d’Alice Miller est intemporel à cause des sujets graves qu’il traite. De nombreux parents se plaignent des comportements inappropriés de leurs enfants en les-en tenant responsables, malgré tous les efforts qu’ils font pour bien les éduquer. Certains vont même jusqu’à solliciter l’aide d’un tiers : thérapeute familial, psychiatre, psychologue, amis, psychanalyste, assistant social, parents, etc. Le problème, selon Alice Miller, c’est que tous ces tiers sont incapables de blâmer les parents (leurs agissements) pour tous ces désordres physiques et mentaux qu’ils reprochent à leurs enfants, mais, ils sont prompts à culpabiliser les enfants (les tenir responsables) de leurs comportements pour que soient épargnés les parents. En fait, ils ne se “soucient pas de savoir ce que les parents ont fait de (à) leurs enfants, (…) ils arrivent rarement à connaître les événements de la petite enfance”.

Dans C’est pour ton bien, Racines de la violence dans l’éducation des enfants, Alice Miller concentre sa réflexion sur les enfants (le fonctionnement des enfants, leurs émotions, l’expression de leurs émotions,  l’environnement dans lequel ils grandissent, les traitements qu’ils reçoivent de leurs parents, l’attitude de ces derniers à leur endroit, etc.) pour sensibiliser les parents, les professionnels, et la société aux souffrances ordinaires subies par les jeunes enfants et leurs conséquences délétères à long terme.

La transmission transgénérationnelle de la violence éducative ordinaire

C’est l’objet de la première partie du livre qui traite de “la pédagogie noire”. La transmission transgénérationnelle de la violence éducative ordinaire est la conséquence de “la pédagogie noire”. Ma lecture de cette première partie a été difficile, forte en émotion et révélatrice. Grâce aux extraits du livre de Katharina Rutschky (Rutschky K., Ed. Schwarz Pädagogik. Berlin, 1977. Ullstein), un recueil de textes sur l’éducation des enfants aux XVIIIème et XIXème siècles, Alice Miller montre comment depuis très longtemps, la société s’est employée à faire de l’éducation des enfants une espèce de conditionnement pour l’obéissance absolue aux sollicitations des parents, car ces derniers ont toujours raison. Pour y parvenir, il faut “enlever aux enfants leur volonté avec tant d’efficacité qu’ils ne se souviendront plus d’en avoir eu une”. Les extraits cités sont effrayants mais éclatant de vérité et d’intemporalité. J’y ai retrouvé les “origines” de ces attitudes répressives communes à tous les parents, peu importe le pays et la classe sociale : insultes, humiliations, punitions corporelles, coups, blessures, pressions, chantages, manipulations psychologiques, d’humiliations ou de pressions (voire de manipulations) psychologiques, abêtissement (donner aux questions des enfants des réponses inappropriées), violence psychologique (sournoise, perverse et particulièrement difficile à repérer), etc.

“La colère contre les parents, rigoureusement interdite mais très intense chez l’enfant, est transférée sur d’autres êtres et sur son propre soi, mais elle n’est pas éliminée du monde, au contraire : par la possibilité qui lui est donnée de se déverser sur les enfants, elle se répand dans le monde entier comme une peste”.

Ces attitudes répressives commencent très tôt, dès la toute petite enfance. J’ai également réalisé que même si de nos jours les châtiments corporels sont infligés autrement ou sont parfois décriés, notre époque et celle qui nous a précédés ont en commun le vocabulaire (négatif, dépréciatif, suspicieux, accusateur) et le regard dénué d’empathie et de bienveillance porté sur le comportement des enfants. Enfin, ma lecture de la première partie du livre a été marquée par l’habileté avec laquelle Alice Miller parvient à “atteindre chez le lecteur adulte l’enfant qu’il a été”. En effet, elle montre comment beaucoup d’adultes refusent de se pencher sincèrement sur leur enfance pour s’épargner de revivre des peines enfouies dans le passé. L’auteure martèle que ce voyage en arrière est capital pour comprendre ce qui nous conduit à légitimer et banaliser les souffrances qui nous ont été infligées (ça ne m’a pas tuer, ça m’a fait du bien et ça m’a aidé à être ce que je suis). Cette confrontation avec notre passé (probablement douloureux) va nous permettre de ne pas répéter les mêmes modèles sur nos propres enfants. En d’autres termes, ça va nous aider à refuser de perpétuer les modèles de violence éducative ordinaire.

“La plus grande cruauté que l’on inflige aux enfants réside dans le fait qu’on leur interdit d’exprimer leur colère ou leur souffrance, sous peine de risquer de perdre l’amour et l’affection de leurs parents. Cette colère de la petite enfance s’accumule donc dans l’inconscient et, comme elle représente dans le fond un très sain potentiel d’énergie vitale, il faut que le sujet dépense une énergie égale pour le maintenir refoulé. Il n’est pas rare que l’éducation qui a réussi à refouler le vivant, pour épargner les parents, conduise au suicide ou à un degré de toxicomanie qui équivaut à un suicide”.

Quand l’obsession de bien éduquer flirte avec la maltraitance et détruit l’enfance

Dans la deuxième partie du livre, Alice Miller analyse le destin brisé de trois enfants devenus adultes. Comme tous les parents, ceux de ces trois enfants étaient animés de la plus noble intention : en faire des gens biens. Seulement, comme nous le montre l’auteure, c’est hypothétique d’être animé de bonnes intentions si on emploie les mauvais moyens pour arriver à nos fins.

“Toutes les victimes ne deviennent pas bourreaux. Mais tous les bourreaux ont été victimes”.

Dans le livre nous découvrons trois portraits :

  • Christiane F., une jeune fille devenue droguée et prostituée. Elle est “souvent battue par son père pour des motifs qui lui restaient incompréhensibles, finit par se comporter de telle sorte que son père “ait une bonne raison de la battre”. Son histoire autobiographique est disponible dans le livre Moi Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée.
  • Adolf Hitler, tristement connu pour son idéologie raciste, nazie et ultranationaliste. On y découvre le portrait d’un enfant humilié, battu et peu aimé par ses parents qui l’obligeaient pourtant à respecter autrui et à devenir quelqu’un de bien. Alice Miller montre clairement qu’elle ne prend pas un raccourci en prétendant que seule l’attitude de ses parents a fait d’Hitler ce qu’il est devenu. Elle démontre juste comment les délires violents d’un père et son obsession pour une éducation parfaite sont à la base de “la genèse d’une haine insatiable qui dure toute une vie (…) il faut bien se poser la question de ce qui se passe chez l’enfant qui est, d’un côté, humilié et rabaissé par ses parents et qui a, d’un autre côté, le devoir impératif d’aimer et de respecter la personne qui l’offense et de n’exprimer en aucun cas ses souffrances”.
  • Jürgen Bartsch, abandonné à la naissance, adopté, maltraité et abusé. Entre 16 et 20 ans, il a assassiné quatre petits garçons. Avec ce cas, Alice Miller s’attarde sur l’importance de l’attachement précoce parent-enfant, et les dangers liés aux carences affectives.

Avec ces exemples, j’ai compris comment ce que vit un enfant impacte l’adulte qu’il sera. Bien sûr, les maltraitances de l’enfance ne justifient, n’expliquent et n’excusent pas les monstruosités et les comportements déviants de certains adultes. Néanmoins, c’est important de considérer l’environnement physique et psychique dans lequel l’enfant grandit car cela aura des conséquences.

Ce livre d’Alice Miller reste d’actualité en Europe mais surtout au Gabon où malheureusement très peu de personnes sont hostiles à cette façon de faire. Pourtant, les autres disent qu’ils sont contre la maltraitance des enfants, mais ils n’hésitent pas à les frapper. Où est la limite ? A quel moment on franchi le seuil de ce qui est tolérable et de ce qui est inacceptable ? C’est quoi les petits coups ? Une insulte peut-elle être petite ? Doit-on définir la maltraitance en termes de coups donnés, de fréquence ou de blessures comptées sur le corps de l’enfant ? Y a-t-il une grande et une petite maltraitance ? Dans nos discussions, ces mêmes personnes rejettent catégoriquement le débat sur la nécessité de promulguer une loi visant à interdire les punitions corporelles aux enfants (coups, fessées, gifles, etc.). L’argument invoqué est souvent celui de l’ingérence du législateur dans la sphère familiale. A ce raisonnement je réponds toujours que le cadre d’une telle loi va au-delà de savoir si oui ou non l’Etat a le droit de dire à un parent comment éduquer son enfant. Pour moi, il est avant tout question de légiférer sur le statut juridique des enfants. Et il y a urgence à le faire ! Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi dans de nombreux pays, les lois protègent les adultes victimes de coups et blessures de la part d’autres adultes, les animaux victimes de maltraitances de la part d’adultes, mais pour les enfants, incapables de se défendre physiquement des coups, insultes, humiliations reçus d’adultes, qu’ils s’agissent ou non de leurs parents, la loi ne prévoit rien. C’est inconcevable, comme je le rappelle cette citation que j’aime beaucoup citer :

“Pourquoi appelle-t-on agression le fait de frapper un adulte, cruauté le fait de frapper un animal, mais éducation le fait de frapper un enfant ?”

Et si en réalité le recours systématique à la violence physique et verbale pour faire obéir les enfants était un aveu d’impuissance des adultes ?

“L’éducation sert dans bien des cas à empêcher que ne s’éveille à la vie chez son propre enfant ce que l’on a jadis tué en soi-même. Le  principe pédagogique selon lequel il faudrait «orienter» dès le départ l’enfant dans une certaine direction naît du besoin de dissocier  du soi les éléments inquiétants de sa propre intériorité et de les projeter sur un objet disponible. Le caractère malléable, souple, sans défense et disponible de l’enfant en fait l’objet idéal de ce type de projection. L’ennemi intérieur peut enfin être combattu à l’extérieur. Les spécialistes de la  recherche sur la paix sont de plus en plus conscients de ces mécanismes, mais tant qu’on n’en voit pas la source dans l’éducation des enfants, ou tant qu’on la dissimule, on ne peut pas entreprendre grand-chose pour y remédier. Car des enfants qui ont grandi investis des éléments exécrés de la personnalité de leurs parents, qu’il fallait combattre, ne peuvent pas espérer transférer ces éléments sur quelqu’un d’autre pour se sentir à nouveau bons, «moraux», nobles  et proches des autres. Alors que ce type de projection peut aisément se faire sur n’importe quelle idéologie. C’est l’éducateur et non l’enfant qui a besoin de la pédagogie”.

Le plus important n’est pas la souffrance vécue dans l’enfance, mais le droit et la possibilité de l’exprimer. Elle propose donc dans la prise de conscience des violences (physiques ou psychiques) que l’on a vécues, de faire le deuil de l’enfance heureuse et des parents parfaits qu’on a imaginé.

Campagne publicitaire La gifle.

Interrogé dans le cadre de ces images, le docteur Gilles LAZIMI, médecin généraliste et coordinateur de cette campagne disait : “Il n’y a pas de petite claque, ni de petit coup, toute violence envers nos enfants peut avoir des conséquences sur leur santé physique et psychologique. […] Ces violences banalisées, tolérées par la société, peuvent avoir des conséquences sur le développement de l’enfant. Un certain nombre aura des séquelles en termes de santé, d’apprentissage et de développement”.

Mon objectif en vous présentant ce livre est de vous faire réfléchir à la facilité avec laquelle vous levez la main sur un enfant. Car il y a des alternatives aux méthodes traditionnelles d’éducation qui sont majoritairement faites de punitions physiques et psychiques ; réputées nécessaires et incontournables pour bien éduquer un enfant. Je ne suis pas là pour vous culpabiliser. J’insiste juste pour vous rappeler que si nos parents ont fait avec ce qu’ils avaient, nous devons faire aussi faire avec ce que nous avons. Ce que nous avons, ce sont les informations, les preuves et les travaux des neurosciences, les partages de livres comme celui dont je parle, les témoignages des parents qui font autrement.

Je vous encourage à lire ce livre. Il se lit facilement et sa compréhension est largement à notre portée.

Merci de me lire !

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